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Le 3 février dernier, nous sommes allés voir, mon chéri et moi, une retransmission de l'opéra Roméo et Juliette de Charles Gounod à l'UGC cinécité de Strasbourg. C'était une captation du festival de Salzbourg 2008 avec en tête d'affiche Rolando Villazon et Nino Machaidze. Petit débrief de cette soirée.
Avant de pouvoir admirer le MAGNIFIQUE Rolando, nous avons eu le plaaaaaaaiiiiisiiiiir d'entendre un jeune élève en chant du très prestigieux Conservatoire de Strasbourg dans une improvisation sur le thème de Roméo "Ah ! lève toi soleil". Je ne dirai rien sur cette prestation, tellement j'ai été bouleversée par l'interprétation de ce talentueux ténor... Non vraiment, ça se passe de commentaire...
Après cette petite "introduction lyrique", lever de rideau... je commencerai par un mot sur la mise en scène. Le décor était assez sobre, bien qu'on y perçoive des moyens importants. Cette sobriété facilitait la caractérisation des changements de lieux, nombreux dans l'opéra, par la mise en place d'accessoires. Le fond de la scène était orné de grandes arcades (représentant les arènes de Vérone ?) dans lesquelles se plaçaient différents figurants (danseurs, gardes, statues,...) et par lesquelles filtrait un éclairage plus doux (pour la scène du balcon ou du caveau). L'estrade centrale était vide pour la piste de danse, surélevée et mobile pour figurer le balcon, ornée d'une croix pour l'église, d'étals garnis pour la place du marché, d'un simple drap blanc pour la chambre de Juliette et enfin des tombeaux pour le caveau.
Dans cette production, les personnage sont très actifs sur scène, voir paraissent carrément surexcités. Cela est peut-être volontaire : le metteur en scène voulait probablement transcrire le climat de tension entre les deux familles.
Serait-ce pour pallier au manque d'action de l'opéra ? En effet, je trouve cette adaptation de l'oeuvre de Shakespeare bien en dessous de la version originale. On y perd l'intensité de l'action, la trame de fond que constitue la rivalité entre Montaigu et Capulet n'est jamais vraiment rappelée avant le 3ème acte, lors du duel entre Tybalt et Mercutio. Ce n'est qu'enchainement de promesses d'amour sirupeuses (cinq duos d'amour : la rencontre, le balcon, le mariage, la nuit de noce, la mort). Certains personnages très charismatiques sont relégués aux second plan, comme Tybalt et Mercutio (Tybalt est d'ailleurs quasiment inexistant alors qu'il est un des personnages centraux de la pièce).
Mais peut-être n'aurais-je pas remarqué ces défauts dans le livret si les chanteurs (surtout les chanteurs principaux) avaient été meilleurs ?
Rolando Villazon est un Roméo très décevant. Je n'aime pas vraiment ce chanteur à la base mais là je l'ai trouvé mauvais... Il chante parfois faux, la diction est assez mauvaise et il attaque les sons par en dessous (ce qui donne notamment des beaux glissando au début de certains airs). Villazon en plus de cela manque clairement de subtilité, tout est chanté en force et il semble qu'il ne connaisse qu'une seule nuance : le FORTE !!!!!! (Vous me direz, au moins on l'entend ^^). Et le tout n'est pas relevé par le jeu qui est tout aussi mauvais et peu subtil que son chant. Il ne donne pas la douceur et la tendresse nécessaire au personnage, c'est tellement agressif qu'on a parfois l'impression que Roméo est un cannibale qui aurait envie de dévorer Juliette (au sens propre comme figuré d'ailleurs).
A coté de ce monstrueux Roméo, Nino Machaidze fait une Juliette tout à fait satisfaisante. Le timbre de la voix est beau, assez chaud ce qui est appréciable dans les passages plus dramatiques. Chose étrange : on la comprend très bien à certains moment et pas du tout à d'autres... Son jeu est plutôt bon même s'il n'a pas toujours l'air naturel, notamment dans l'acte I où elle minaude beaucoup. Mais pour sa défense, ce serait un choix du metteur en scène qui voulait représenter Juliette comme une ado insouciante au début pour contraster avec sa situation finale.
Nous arrivons au chanteur que j'ai préféré dans cette production, Russell Braun dans le rôle de Mercutio. Il a vraiment une belle voix, son timbre est très agréable, la diction est bonne (on comprend quasiment tout) et il délivre une interprétation en finesse. J'ai trouvé que son jeu collait parfaitement au personnage. Dommage qu'il n'ait qu'un air ("Mab, reine des mensonges") et une scène (le duel).
Deux autres prestations sont très sympa dans cette production : celle de Cora Burggraaf (Stefano) et celle de Mikhail Petrenko (Frère Laurent). Les deux ont une belle voix et leur jeu correspond bien à leur personnage respectif.
Clärchen Baus-Mattar est un Tybalt bien peu "agressif". Déjà que le personnage est très secondaire dans l'opéra, cela retire le peu de charisme qu'il aurait pu avoir. Falk Struckmann, le comte Capulet, montre quelques faiblesses techniques qui nuisent à son jeu de scène. Sans prestance, le père de Juliette a l'air gateux...
Conclusion sur cette production : de bons éléments mais l'ensemble est plombé par la star du plateau, Villazon, et parfois également par l'interprétation douteuse du caractère des personnages qu'a montré le metteur en scène. Il faudra leur demander d'engager le jeune ténor trèèèèès talentueux du conservatoire de Strasbourg (dont je n'ai pas retrouvé le nom) à la place de Villazon la prochaine fois, ça deviendrait un enregistrement de référence !