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Grâce aux merveilles de la technologie, le 19 mars dernier, mon chéri et moi avons assisté à un opéra au Met !!! Bon d'accord, nous étions juste dans une des salles de l'Utopolis de Longwy pour une retransmission en direct... Mais c'était comme si on y était vraiment (si on met de coté le son légèrement grésillant et saturé dans les aiguës et quelques petites coupures, mais bon on est à Longwy quand même, faut pas se plaindre).
Nous avons pu écouté et regarder une des grandes oeuvres du Bel Canto italien, Lucia di Lammermoor de Donizetti. Lammermoor, ça ne fait pas très italien et pour cause ! L'action se passe en Ecosse (vous noterez par la suite que si tous les personnages ont des noms de familles écossais, ils ont aussi tous des prénoms italiens). L'histoire semble être assez inspirée par Roméo et Juliette (tiens, tiens, les revoilà) pour ce qui est de la situation de départ. Près de Lammermoor, deux familles rivales : les Ashton et les Ravenswood. Les Ashton viennent de prendre possession du chateau des Ravenswood, ce qui a causé la mort de son chatelain. Pourtant, au milieu de toute cette haine, Lucia (du clan Ashton) et Edgardo (le fils Ravenswood) tombent amoureux.
On se doute bien que vu le contexte, il risque de leur arriver des choses pas très drôles. D'autant qu'Enrico, le frère de Lucia est un homme d'une cruauté profonde. Quand l'un de ses subordonnés l'informe de la romance entre sa soeur et Edgardo, il jure de séparer les amoureux. De plus il a promis la main de Lucia à Arturo Bucklaw qui sera pour lui un bon allié politique.
Et c'est justement ce moment qu'a choisi Edgardo pour se rendre en France. Avant cela il demande Lucia en mariage. Ils échangent des anneaux pour symboliser leurs fiancailles et promettent de s'écrire régulièrement jusqu'au retour d'Edgardo. Enrico va en profiter pour faire chanceler la confiance de Lucia en son amant. Il intercepte toutes les lettres et en fait écrire une fausse dans laquelle Edgardo romprait ses fiancailles avec la jeune femme. Celle-ci, fragilisée par le décés de sa mère, tente de résister. Mais le prêtre Raimondo lui rappelle que son union avec Edgardo n'a été officialisé par aucune cérémonie et que sa mère aurait voulu qu'elle fasse le meilleur choix dans l'intérêt de son clan. La jeune famme fini par céder et accepte le mariage qu'on lui a arrangé.
Arturo Bucklaw est accueillit en grande pompe pour la cérémonie. Lucia signe le contrat de mariage et jure de se donner la mort ensuite. Mais Edgardo, revenu de France, interrompt les festivités et réclame sa fiancée. Lucia est tétanisée. Raimondo montre alors au jeune homme la signature de la jeune femme. Edgardo demande à Lucia si c'est bien sa signature, elle acquiese mais, totalement affolée, sans lui expliquer qu'elle y a été forcée. Il lui lance son anneau et s'enfuit.
Je m'arrête ici quelques secondes car il faut noter la bêtise certaine des personnages. Je m'explique. Au départ Lucia aurait du se méfier de son frère, sachant qu'elle redoutait une réaction violente de sa part s'il apprenait ses fiancailles secrètes. Mais sur ce point ça passe encore car le personnage est très fragile. Ensuite Raimondo pour un homme d'église, n'est pas vraiment pour la paix des ménages, il aurait plutôt du tenter d'appaiser Enrico et ne pas accabler la pauvre Lucia. Enfin Edgardo est bien vite convaincu que Lucia s'est mariée de son plein gré alors qu'il sait la violence dont peut faire preuve Enrico. Pourquoi tout de suite douter de celle qu'il aime ? et pourquoi ne pas demandé à sa fiancée si elle l'aime toujours et si elle a été forcée par son frère à ce mariage ? Tout cela aurait permis d'éviter le drame qui suit.
A ce stade s'ouvre le troisième et dernier acte. Enrico est furieux de l'intrusion d'Edgardo dans sa demeure et se rend chez lui pour le provoquer en duel. Il lui donne rendez-vous au matin dans le cimetière. Le jeune homme accepte la défi.
Au chateau, le soir tombe et les invités réunis pour le bal attendent l'arrivée des jeunes mariés. Soudain Raimondo interrompt la fête et annonce à tous, le visage blême, qu'un drame s'est produit dans la chambre nuptiale. Lucia, devenue folle a poignardé à mort son mari. Quand le prêtre la surprise, elle a levé les yeux et demandé où se trouvait son mari.
La jeune femme entre, apparement dans un état second. Elle est couverte de sang, délire, réclame Edgardo, parle de spectre qui veut les séparer puis paraît folle de joie... Cette scène est la scène de folie la plus célèbre de l'opéra et un véritable morceau de bravoure, presque vingt minutes ininterrompues ! Enrico, revenu de chez Edgardo, demande si les rumeurs sont vraies, ce que Raimondo confirme. Cruel jusqu'au bout, il se jette sur sa soeur et lui promet une peine exemplaire. Raimondo l'arrête, le faisant se rendre compte de l'état dans lequel ce mariage forcé à mis la pauvre fille. On fait finalement venir un médecin qui emmène la jeune femme évanouie.
La scène suivante se passe dans le cimetière. Edgardo, seul, attend l'arrivée d'Enrico. Il voit au loin les lumières du chateau où, pense-t-il, la fête bat son plein. Il maudit Lucia et déclare qu'il va se laisser tuer lors du duel. C'est alors qu'apparaissent des invités, venus de la demeur des Ashton qui l'informent que Lucia est mourante et que dans son délire elle le réclame. Regrettant ses paroles, Edgardo veut se précipiter à son chevet, mais il est trop tard, on entend déjà le glas sonner... Raimondo lui apprend la mort de sa bien aimée. Désespéré, il se suicide en se poignardant.
On remarquera le retournement de Raimondo, qui accuse Enrico d'avoir rendu sa soeur folle alors qu'il a lui-même participer au "bon déroulement" de ce mariage. Quand je vous disais que certains personnages sont idiots ! A moins qu'ils n'aient seulement la mémoire courte... Alzheimer n'est pas très loin.
Pour ce qui est de la représentation à laquelle nous avons assisté, ce fut une bonne prestation générale. On voit qu'il y a des gros moyens rien que par les décors qui sont vraiment très beaux et qui plongent tout de suite dans l'atmosphère grise, inquiétante et mystérieuse de l'Ecosse. J'ai également noté les superbes jeux de lumière dans l'acte II : on se trouve alors dans une pièce du chateau au départ assez sombre, probablement car le soleil n'est pas encore tout à fait levé et parce que les rideaux sont encore tirés, puis des domestiques entrent, ouvrent les rideaux et éclairent les lustres, la scène est alors baignée de soleil (enfin on jurerait qu'elle l'est) et c'est vraiment magnifique.
Ce qui est intéressant c'est que pendant les entractes, une caméra se balade dans les coulisses et nous montre les changement de décors. C'est une véritable fourmilière. Vous imaginez, vingt minutes pour changer quasiment toute la scène ! Autant dire qu'ils n'ont pas le temps de s'ennuyer.
Il est maintenant temps que je parle de la distribution de cette production.
Dans le rôle titre, nous avons pu admirer, devinez qui... notre Nathalie Dessay nationale !! Si le jeu était plutôt convainquant, si la caractérisation du personnage était bonne, il est vraiment dommage que la voix ne suive pas toujours. A dire vrai, je n'ai jamais trop aimé Dessay mais je ne me rappelais plus précisément pourquoi. Eh bien, il y a de grosses faiblesses dans le médium et le grave, la voix est parfois éraillée et souvent nasillarde. Cela était d'autant plus flagrant dans la scène de la folie car on passe d'un extrême à l'autre, on a un jeu sur les couleurs vocales qui doit être présent. Si elle est très à l'aise dans les aiguës, on a parfois du mal à l'entendre dès que ça descend. En bref, je dirais que sa voix manquait un peu de profondeur pour le personnage.
(je n'ai pas trouvé la version 2011 bien entendu mais comme elle avait déjà joué ce rôle en 2008, c'est plus ou moins la même chose, et on retrouve ce que j'ai dis plus haut)
J'ai en revanche beaucoup aimé Joseph Calleja dans le rôle d'Edgardo. Il était le chanteur le plus solide de la production à mon sens. Son timbre de voix et sa façon de chanter me rappelle beaucoup Enrico Caruso (un de mes chanteurs préféré avec Joseph Schmidt). Son interprétation était bonne même si on note une baisse d'intensité dans le dernier acte... Peut-être parce qu'il est difficile d'interpréter un amoureux désespéré quand on se rend compte qu'il a été vraiment idiot...
Ludovic Tézier (tiens, un français!) faisait un Enrico très convainquant, ce n'était peut-être pas le meilleur chanteur de la troupe mais le meilleur acteur sans aucun doute. Je dis que ce n'était pas le meilleur chanteur aussi parce que son vibrato était un peu trop large et que c'était parfois désagréable.
(le son est très mauvais et du coup le vibrato me choque plus que dans mon souvenir...)
Kwangchul Youn (Raimondo) était plutôt bon techniquement mais son jeu était beaucoup trop plat. Enfin, Normanno était interprété par un très mauvais chanteur dont je n'arrive pas à retrouver le nom (on se demande pourquoi...). Mais quand je dis très mauvais c'est presque un euphémisme parce qu'il était horrible. Sa voix ne passait pas au-dessus de l'orchestre, son vibrato était tellement énorme que je me suis demandé s'il ne faisait pas un trille sur chaque note et c'était même parfois complètement faux... Il y a tellement de bons chanteurs, des jeunes qui ne demandent qu'à montrer qu'ils sont excellent sur une scène internationale alors pourquoi l'avoir engagé lui ?? Parfois il y a des choses que je ne comprend absoluement pas...
Donc une bonne impression générale, une bonne mise en scène, un bon premier rôle masculin, des bémols et un gros coup de gueule, c'est un peu de cette façon que je résumerais cette "soirée au Met".